Rétro 2024
Alfred Grosser, brillant universitaire, artisan toute sa vie du rapprochement franco-allemand, est mort à Paris, le mercredi 7 février 2024, à l’âge de 99 ans. 
Historien, journaliste, grand connaisseur des sociétés et des politiques françaises et allemandes, il se fit spécialiste de l’étude comparative de l’histoire de la France et de l’Allemagne, ce qui lui a permis de mettre en œuvre ses principes, et en même temps elle les a confortés.
Et il ne cessera en effet, jusqu’à ses derniers jours, de remplir cette double mission, avec tous les moyens mis à sa disposition par la communication et l’échange. Il anima des conférences, des cours, des débats, publia des articles dans la presse dans les deux pays. Il ne cessa de prôner la nécessité d’un regard distancié sur l’histoire et les relations entre nos deux pays.
Citoyen français, il fut décoré de la Croix de Chevalier de l’Ordre du Mérite de la République d’Allemagne, l’équivalent en Allemagne de la Légion d’Honneur en France.

Christophe Arend décoré de la Croix de Chevalier de l’Ordre du Mérite de la Républiqued’Allemagne
Christophe Arend, ancien député, se fit également remettre la Croix Chevalier de l’Ordredu Mérit e de la République d’Allemagne pour son investissement dans les relations franco-allemandes.Pendant son mandat de député (2017-2022) il fut un ardent et inlassable promoteur des relations franco-allemandes encontribuant à la constitution du Traité d’Aix-la-Chapelle (22 janvier 2019) et en devenant co-président et co-fondateur avec son collègue allemand, Andreas Jung, de l’Assemblée Parlementaire Franco-Allemande, un groupe bilatéral destiné àrenforcer les relations entre les deux pays.

Common ground 24
Le projet Common Ground, porté par la Ville de Sarrebruck et la Communauté d’Agglomération de Forbach Porte de France, initié et financé par la Fondation Robert Bosch, a pour objectif de permett re aux citoyens de l’agglomération transfrontalière de Sarrebruck – Moselle Est d’accompagner la réflexion portée par l’Eurodistrict SaarMoselle sur le développement et l’aménagement de l’espace transfrontalier. Un conseil citoyen composé de40 membres tirés au sort, 20 de chaque côté de la frontière, sera constitué dans lequel les citoyens allemands et français du territoire transfrontalier de l’Eurodistrict SaarMoselle pourront faire part de leurs propositions, leurs idées, leurs remarques qui seront consignées, si elles sont retenues, dans le projet d’agglomération transfrontalier en cours d’élaboration par l’Eurodistrict SaarMoselle. Culture et Bilinguisme de Lorraine y fut représenté par son président.

Symposium
Le président assista également à un symposium qui se tint à Sarrebruck les 12 et 13 novembre, exclusivement en langue française (si, si…!) sur le thème : « Frontières linguistiques, frontières culturelles ?».

Les intervenants issus de différents pays ou régions francophones posèrent les questions des assignations identitaires construites à parti d’imaginaires, de la déconstruction nécessaire des systèmes de privilèges, des conceptions essentialistes…
Plusieurs invitèrent au changement de regard, à la nécessité du dépassement des frontières, au passage d’une politique ethnolinguistique à une politique d’ouverture.

Conseils Académiques des Langues Régionales et Parcours Biculturels
Deux Conseils Académiques des Langues Régionales et Parcours Biculturels eurent lieu à Metz en 2024. Culture et Bilinguisme de Lorraine y fut représenté par son président qui souleva les questions de la définition de la langue régionale et des modalités du concours de recrutement des professeurs des écoles spécialité langues régionales.
Il se trouve que Culture et Bilinguisme de Lorraine est - encore et toujours – la seule association de l’assemblée à défendre la définition de la langue régionale intégrant à la fois les dialectes et l’allemand standard, une définition pourtant inscrite dans la loi…
Sinon, ces réunions servirent surtout à faire le point sur la situation de l’enseignement des langues régionales, de l’allemand en Moselle qui est dans l’ensemble statique et les questions de fond ne furent guère abordées.
Léon Dietsch évoqua « l’incohérence » du Concours de Recrutement des Professeurs des Écoles spécialité langues régionales obligeant les candidats à concourir exclusivement en dialecte alors que l’enseignement se fait majoritairement en allemand standard. Le Directeur Académique lui affirme qu’il étudiera la question.

Café biculturel
Culture et Bilinguisme de Lorraine organisa le 27 novembre à Saint-Avold un Café Biculturel sur le thème : « L’allemand, encore langue de Moselle... ? ». Des échanges très intéressants eurent lieu entre les nombreux participants, et ce dans une ambiance très conviviale.
Vous trouverez une rétro de 2024 sur notre site X
https://twitter.com/CultureLorraine
Zoom sur le Café Biculturel
L’allemand, encore langue de Moselle… ?
En ouverture, Armand Zimmer fit une situation historique et géographique des parlers germanophones présents en Moselle depuis l’antiquité. Il évoqua les nuances linguistiques et leur évolution dans l’espace et dans le temps, concluant que « nos langues régionales sont la résultante de langues allemandes qui ont évolué dans le temps et dans l’espace qui est le leur. Elles sont résolument « allemandes » parce qu’elles portent les caractéristiques lexicales, morphologiques et syntaxiques communes à l’ensemble des langues allemandes, y compris leur expression normée : le Standartdeutsch ».
Puis, Charles Schneider, membre de Culture et Bilinguisme de Lorraine depuis sa fondation et militant depuis 1974 se dit très déçu de l’effritement de l’allemand dans la pratique et dans l’enseignement. Il évoque l’œuvre de Jacques Gandeboeuf, ancien éditorialiste du Républicain Lorrain, devenu passeur de la mémoire collective des Mosellans à laquelle il attribue deux racines profondes, le catholicisme et le bilinguisme. Et s’inquiète de la régression, voire de la disparition de la langue allemande… en Moselle.
Enfin, Léon Dietsch, président, interrogea le présent et le futur de la germanophonie en Moselle.
En posant les questions de la fin prochaine de l’usage quotidien de la langue allemande, une langue devenue « étrangère » (?). Mais, à qui la faute ? Quel est aujourd’hui le statut de l‘allemand et sa réception par la population ? Et quelles sont les perspectives futures?
S’en suivit un débat libre dans une ambiance sympathique et conviviale autour d’un café ou d’un verre.
Les réflexions de Candide
Par Armand Zimmer
« L’allemand …encore langue de Moselle ? » Le sujet était intéressant et d’ailleurs les participants -nombreux- ne s’y étaient pas trompés. Des exposés instructifs ont éclairé avec pertinence le sujet avant de laisser les participants s’exprimer.
Candide que je suis, j’en attendais un peu plus et je suis resté quelque peu sur ma faim !
Je m’explique. L’impression, après coup, est celle d’une discussion qui s’est essentiellement cantonnée à l’évocation d’un bon vieux temps où les dialectes avaient encore leur place dans notre société , où l’allemand-Hochsprache était encore un élément indiscutable du panorama linguistique de notre région. Certes le pourquoi de la désaffection vis-à-vis de nos langues régionales a été évoqué dans le fait qu’il n’y a « pas de demande » (de la société) pour « nos langues allemandes ». Mais rien en direction de pistes d’action. Au fait de quel allemand a-t-il été question : les dialectes franciques ? La Hochsprache ? On est resté dans le flou sur cette question. Le public était-il essentiellement composé d’enseignants ? Je ne le sais pas. Mais on a surtout parlé « d’apprentissage » de l’allemand. Il me semble pourtant que la promotion d’un bilinguisme est la cause de toute une société et qu’elle dépasse largement la seule dimension de l’apprentissage de la langue à l’école. Qui dit langue, dit culture. Et cette « bi/multiculture » doit transparaître dans tous les états de la société.
Tout cela est resté dans le registre du superficiel. Faut-il y voir le constat implicite que les dés sont jetés : exit les dialectes, à la trappe de l’histoire. Et l’allemand-Hochsprache : ça ne fait plus recette, ni chez les jeunes, ni les plus anciens qui pourtant pourraient avoir la conscience de son utilité sociale et économique.
Terminons sur une note positive. Certains aspects évoqués lors des échanges peuvent certainement faire l’objet d‘autres cafés biculturels dédiés. Pour peu qu’ils ne restent pas un plaisir d’intellectuels, mais se muent en pistes d’action.
Candide

Point de vue
Par Christian Neu
C'est devenu aujourd'hui un combat d'arrière-garde (la lutte pour le bilinguisme en Moselle, NDLR), cela n'intéresse plus les jeunes : l'Allemand est trop difficile à apprendre par rapport à l'anglais "baragouiné" dans le monde entier depuis les forêts équatoriales d'Amazonie jusqu'au Groenland. Et l'espagnol (dont l'enseignement a le vent en poupe partout en France et aussi dans notre région) est tellement plus facile à apprendre, pour avoir de bonnes notes !
L’abibac, c'est vrai, reste une formation intéressante pour certains élèves : il est facile de comprendre pourquoi : les plus studieux et les plus disciplinés des élèves cherchent à avoir les meilleurs professeurs, si possible des Agrégés, qui eux-mêmes cherchent à avoir les élèves les plus calmes et les plus travailleurs.
La solution pour que les 2 intérêts se rencontrent : la filière Abibac qui est devenue une filière élitiste tout comme, du temps où j'étais au Lycée, l'était la filière de ceux qui étudiaient le latin jusqu'en Terminale (ce que j'ai fait) : les meilleurs profs, en général des Agrégés, avec les meilleurs élèves capables de maîtriser la langue allemande de nos jours, le latin autrefois.
L'intérêt de parler allemand dans le monde professionnel se réduit comme peau de chagrin : pour les futurs cadres, ingénieurs et professions libérales, l'anglais maîtrisé est obligatoire des 2 côtés de la frontière. Oui, c'est vrai, il subsiste des métiers où l'intérêt de parler allemand/français demeure. Mais, en essayant de ne pas être trop caricatural, ce sont des métiers surtout comme caissiers ou vendeurs en supermarché......
Je le déplore, bien sûr, et c'est avec beaucoup d'amertume que je l'écris.

AGENDA
Festival PERSPECTIVES 2025. La 47e édition de ce festival franco-allemand des arts de la scène co-financé par la France et l’Allemagne aura lieu du 5 au 14 juin 2025.

Nous recrutons
Notre association, après avoir a subi les foudres de la pandémie, a connu ensuite différents problèmes : maladies et vieillissement de cadres, retrait de membres… Et elle a aujourd’hui besoin d’un renouvellement des forces proactives. Aussi appelons-nous les personnes volontaires, soucieuses de la pérennité de la langue et de la culture allemande en Moselle à nous rejoindre. Les jeunes, dont l’avenir peut dépendre de leur capacité à franchir la frontière, sont particulièrement attendus et une place d’importance leur sera faite. Rappelons, à ce sujet, que l’adhésion des personnes de 18 à 25 ans à notre association est gratuite.
Léon Dietsch, président
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